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​Le budget de l’Ontario et les francophones

Le grand argentier Charles Sousa a déposé son budget 2016 à l'Assemblée législative de l'Ontario, le 25 février. François Pierre Dufault

[ANALYSE]
Les francophones de l’Ontario qui ont passé au crible le budget provincial du 25 février dans l’espoir d’y trouver une annonce pour la minorité linguistique sont sans doute restés sur leur faim. Surtout s’ils s’attendaient à un engagement à la hauteur des excuses du gouvernement pour le Règlement XVII, quelques jours plus tôt.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

La francophonie est presque absente de ce plan économique tout azimut qui s’attaque au changement climatique, aux droits de scolarité, à l’épargne-retraite, à l’infrastructure et même à la libéralisation et la taxation du vin tout en gardant le cap sur un retour à l’équilibre budgétaire en 2018.

Le collège La Cité à Ottawa recevra 10 millions $ pour créer des «incubateurs de créativité» ayant pour but de répondre aux besoins émergents du marché du travail. Et une école secondaire francophone à Oakville aura droit à 13 millions $ pour de nouvelles installations… qu’elle devra partager avec la municipalité et le conseil scolaire public de langue anglaise de l’endroit.

C’est tout.

Il n’y a rien dans ce budget pour améliorer l’offre de programmes d’études postsecondaires en français dans les régions du centre et du sud-ouest de l’Ontario, où le dernier investissement de 16,5 millions $ annoncé en 2013 est arrivé à terme. C’est pourtant dans ces régions que l’accès demeure le plus limité.

Bien sûr, des engagements comme l’élimination des droits de scolarité pour les étudiants de familles gagnant moins de 50000$ par année profiteront à l’ensemble de la population ontarienne. Mais encore là, il faut être prudent. La dernière fois que le gouvernement a joué dans l’aide financière aux études pour créer un rabais de 30% pour les étudiants moins nantis, en 2012, c’est la Bourse pour étudier en français de l’Ontario qui a écopé.

 

Règlement XVII

Trois jours avant le dépôt du budget, la première ministre Kathleen Wynne a présenté des excuses officielles aux Franco-Ontariens pour le Règlement XVII qui a banni le français des écoles de la province pendant une quinzaine d’années au début du XXe siècle. Elle a reconnu que la minorité avait longtemps «souffert» de cette mesure assimilatrice.

Ce sont des mots importants qu’il faut maintenant appuyer par des gestes concrets pour qu’ils prennent tout leur sens. Les appels à l’action sont nombreux.

Les libéraux à Queen’s Park auraient pu envoyer un signal clair à la francophonie dans leur budget du 25 février. Ils ne l’ont pas fait. Ça n’enlève rien à ce qu’ils ont déjà accompli pour le fait français – parfois avec un peu de pression de l’opposition. Mais quel sera le prochain chantier?

Les excuses doivent ouvrir des portes, pas les fermer.

Il manque toujours une université pour coiffer un système d’éducation qui serait véritablement «par et pour» les Franco-Ontariens du premier jusqu’au dernier diplôme. Cette université que des leaders communautaires et étudiants réclament depuis quatre décennies, elle existerait probablement déjà s’il n’y avait pas eu le Règlement XVII.

Un gouvernement qui fait avec sincérité son mea culpa d’une tentative bien assumée d’assimilation d’une minorité ne devrait pas laisser filer, quelques jours plus tard, une occasion de poser un geste réparateur.

 

Cette analyse est publiée également dans le quotidien LeDroit du 27 février.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org